Pourquoi parle-t-on tant du bore-out maintenant?

Le travail c’est la santé, Rien faire c’est la conserver, disait Henri Salvador; c’est parce qu’il n’avait pas lu Christian Bourion, auteur du « Bore-out syndrom, quand l’ennui au travail rend fou », qui pointe les dangers de l’ennui au travail. Ce terme de Bore-out, identifié par des chercheurs suisses en 2007, émerge en France de façon brutale depuis peu. Pourquoi? De quoi parle-t-on exactement?

Le burn-out est plus familier à nos oreilles, cocktail détonnant d’un collaborateur extrêmement engagé faisant face à une surcharge cognitive et professionnelle intense et chronique, sans que le sens et la reconnaissance ne lui permettent de se garder de cet incendie intérieur. Il ne concernerait que 10% de la population active, contre 30% concernée par le bore-out selon Christian Bourion:

Plutôt qu’une bombe, ce serait une digue qui permet de contenir le taux de chômage à un niveau relativement faible…. Si la digue lâche, on risque un véritable tsunami qui déversera son flot d’inactifs,  faisant passer le taux de chômage français de 10 à … 40%!

A l’en croire, nous faisons face à un véritable tabou, d’où sa notoriété relativement tardive dans l’hexagone.

Quel est le champ des possibles pour un salarié concerné et pour son employeur? le salarié venant expliquer à son manager que ses compétences sont sous employées peut se trouver confronté à deux types de réponses: soit la joie partagée de se voir confiées des missions supplémentaires à valeur ajoutée, soit une rupture de son contrat de travail suite à la suppression d’un poste qui n’en est plus un. Le risque est important pour le salarié; il n’est pas surprenant de constater que l’option choisie préférentiellement soit celle qui consiste à donner le change en tuant le temps, et soi-même par la même occasion. L’entreprise, de son coté, a l’obligation contractuelle de fournir du travail – ce qui suppose un management attentif et disponible; le cas échéant, l’entreprise décide de déclencher un licenciement pour motif économique d’un collaborateur dont le poste ne serait plus nécessaire à sa performance. Dans une période de plein emploi, cette équation ne pose de difficulté à aucune des deux parties.  Mais ce n’est pas du tout le cas aujourd’hui. Un jeu de dupe dont la souffrance est cause et conséquence.

Certains cas de bore-out, parfois portés devant les tribunaux, procèdent d’une mise en quarantaine délibérée de la part de l’employeur. Dans ce cas, il s’agit ni plus ni moins de harcèlement moral. Dans le bore-out, le salarié sous-employé donne le change par un activisme trompeur, miroir aux alouettes qui mine estime de soi, besoin de réalisation et fierté. Tromperie et négligence sont les poisons que les protagonistes, managé et manager, utilisent pour tisser cette toile mortifère. La mise au placard est un mode de harcèlement moral, tandis que le bore-out est la résultante d’une situation complexe dans laquelle l’intervention du collaborateur, du manager et de l’entreprise sont requises, comme c’est le cas pour le burn-out d’ailleurs.

Si l’on admet que ce syndrôme existe effectivement – l’autre hypothèse étant qu’il s’agirait d’un simple effet de mode – alors il a de beaux jours devant lui. En effet, dans un billet précédent j’évoquais les effets conjugués des robots et de l’intelligence artificielle sur l’attrition du travail humain: le taux de 30% risque vite d’être dépassé!

Pourquoi donc ce terme émerge-t-il maintenant? (12 400 000 résultats environ sur Google) Quelques hypothèses pêle-mêle: Peut-être parce que le nombre de créations d’emploi est nettement insuffisant par rapport au nombre de destructions d’emploi? Peut-être parce qu’il est indécent de se plaindre quand on a la chance d’avoir un emploi, a fortiori quand il est à vie? Peut-être parce que l’idéalisme et l’audace font défaut? Peut-être parce que ce syndrome d’enfermement socio-professionnel est monstrueusement insidieux et nécessite un cocktail exceptionnel pour être contré? Plutôt qu’un syndrome, le bore-out est un symptôme, symptôme d’un marché du travail atone sur fond de peur. L’ennui au travail n’a rien d’émergeant; ce qui l’est, c’est la décision de l’accepter, faute de… Regardons cette hypothèse comme un message d’espoir: il devrait disparaitre dès que le marché de l’emploi aura retrouvé de la fluidité, et que la guerre des talents annoncée de longue date sera effective et étendue.

Papillons, quittez ce scaphandre sans attendre! 

Retrouvez ici les articles du blog – merci d’avance pour vos Correspondances!

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