Une nouvelle ponctuation: le point d’itération

En musique, le point d’itération serait le Da Capo al fine, ou al coda, ce qui signifie au musicien qu’il doit reproduire une partie déjà jouée, réitérer. En français, nous avons de nombreuses ponctuations, points d’interrogation, d’exclamation, de suspension… complétées par toute une batterie d’émoticones, emoji et autres charmantes expressions d’humeur. Pourquoi, à l’instar de la langue musicale, ne disposons-nous pas, en plus, d’un point d’itération?

Le processus itératif, ou incrémental, est utilisé en informatique pour mener des projets avec une approche centrée client, les méthodes agiles en étant issues. Les acteurs du commerce digital utilisent depuis plus de 5 ans déjà la méthode du test-and-learn, expérimentations frugales visant à s’améliorer au fur et à mesure des retours d’expériences. Les A/B testing procèdent également d’une même logique empirique et itérative. La vieille roue de Deming, Plan Do Check Adjust parlait déjà de ces progrès continus et tenaces, itératifs et définitifs.

La répétition fixe la notion, dit-on, et effectivement les phénomènes d’auto-répétition de maintien ou d’intégration ancrent dans la mémoire à long terme souvenirs et apprentissages. Apprendre, cheminer (iter le chemin), progresser sont des processus itératifs par nature. Il en est de même pour le coaching, en ce qu’il  permet d’appuyer sur pause pour revisiter des moments et évènements marquants, en tirer enseignements et grandir.

Souvent, aujourd’hui, l’heure est au zapping, les informations sont survolées en hors bord; revenir sur ses pas pour relire un paragraphe, une page ou un chapitre, pour mieux comprendre ou savourer, sont des pratiques quasi incongrues. Rares sont les oenologues de l’écrit, qui hument, sentent, regardent, goûtent, analysent l’évolution des saveurs, pour s’en emprégner et en jouir. Pas le temps, trop d’infos, … C’est sans doute vrai – en partie – et ce bombardement cognitif entraine paradoxalement un étiolement de la compréhension et du savoir, faute de profondeur. Notre perception est passé de trois à deux dimensions, c’est à dire qu’elle a perdu son relief par gloutonnerie. Comment y remédier?

Le point d’itération, la ponctuation manquante dans notre langage écrit, D.C. pour les musiciens, pourrait être utilisée par les journalistes, écrivains, bloggers, pour insister sur une partie de leur texte en invitant le lecteur à la relire, à s’y poser/pauser. Les tweets, qui restent finalement cantonnés à leurs 140 caractères, en seraient évidemment dispensés! Il ne reste plus qu’à l’ajouter aux claviers, ou au moins  aux polices de caractères spéciaux.

Qu’en pensez-vous? D.C. al fine

 Retrouvez ici les articles du blog – merci d’avance pour vos Correspondances!

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