Le changement indien

 

Le premier ministre Indien a annoncé le 8 novembre dernier la démonétisation de 24 milliards de billets de 500 et 1000 roupies (soit 80% en valeur des billets en circulation). Les Indiens paient en cash 90% des transactions; près de 500 Milliards de dollars ont quitté le pays ces dix dernières années du fait de l’évasion fiscale. Les Indiens pourront échanger leurs billets contre des coupures neuves et valables en banque jusqu’à la fin de l’année, en justifiant de leur provenance.

Conséquences en chaines

Les conséquences sont dramatiques pour de nombreux Indiens qui ne possèdent pas de compte en banque ni d’autre instrument de paiement. L’opposition appelle à manifester et les banques sont débordées ; l’opération ayant été lancée dans le plus grand secret, elles n’étaient pas préparées et les distributeurs de billets ne sont pas encore calibrées pour les nouveaux billets.

 Le cours de l’or flambe car il est pris comme valeur de substitution, ce à quoi le gouvernement s’apprête à mettre fin en suspendant les importations de l’or, menace qui fera probablement replonger le cours.

L’expression « frappe chirurgicale » a été utilisée par le gouvernement Indien pour qualifier ce que les observateurs et opposants nomment plutôt « attaque atomique ». Le poids du cash dans la vie quotidienne des Indiens est tel que toute l’économie est à l’arrêt, y compris celle des sites marchands : en effet les clients paient leurs achats en cash, au livreur à réception…

Certains y voient une formidable opportunité

Certains analystes font l’hypothèse que cette opération inédite permettra de remettre dans les circuits officiels des sommes considérables en faveur d’investissements indispensables aux populations ; pour preuve les saisies actuelles auprès des fraudeurs fiscaux. Il est également supposé que la proportion d’Indiens payant l’impôt (1% aujourd’hui) pourrait s’accroitre, et que bon nombre d’entre eux, notamment issus des classes moyennes, pourraient entrer dans le système bancaire. Toujours est-il que le paiement par mobile explose, ce que salue Bill Gates, qui voit dans cette gestion atypique du changement une opportunité d’assainir et stimuler l’économie Indienne, … à terme.

Est-ce une forme envisageable de pilotage du changement?

Car c’est bien d’une forme inédite de management du changement à laquelle nous assistons !

Bien évidemment il est trop tôt pour mesurer les conséquences de cette mesure inédite par son ampleur et par sa brutalité. Les conséquences sont systémiques tant elles touchent massivement ce pays continent. Un scénario idéal pourrait être un assainissement de l’économie indienne au bénéfice de rentrées fiscales réinvesties dans des programmes d’infrastructures. En parallèle, la bancarisation et l’essor du e et du m commerce pourraient s’observer. L’Inde étant dotée d’ingénieurs compétents et nombreux, elle pourrait connaître un saut quantique vers une modernité et un confort partagés….

Le scénario pessimiste pourrait amener à des situations dramatiques pour la moitié la plus pauvre du pays, qui ne se relèverait pas de cette saisie de leurs économies; elle enfoncerait alors le pays entier dans la révolte et une crise contagieuse.

La fin justifie-t-elle les moyens ?

Une part considérable des Indiens ne fraudant pas le fisc utilisent le cash pour toutes leurs transactions et pour conserver leurs économies. Le diagnostic est erroné et le remède entraine des effets collatéraux qui dépassent largement les bénéfices escomptés (N.B.: déjà plusieurs suicides)

L’autre élément frappant est le secret qui a entouré l’opération tiroir, ce qui a empêché un enchainement fluide des différentes phases : les acteurs clés n’étaient pas prêts.  Les files d’attente s’étendent indéfiniment, générant d’ailleurs de nouveaux business tels que la start-up BookmyChotu.com.

Questionner l’impensable

L’impensable a été pensé et mis en action. Ce n’était pas impossible, puisque l’Inde avait déjà procédé de la sorte en 19178. Aussi, je pense qu’il sera passionnant d’observer les effets de ce changement de paradigme, la résilience des Indiens, la manière avec laquelle ils vont mobiliser leurs talents pour se réinventer autrement.  Je suis certaine que nous reparlerons de ce cas d’école dans les cours sur le management du changement. Et peut être qu’avec le recul, nous nous dirons qu’il faut davantage questionner l’impensable, lever les tabous, à condition – bien sûr – de mener un diagnostic rigoureux et un pilotage réaliste !

A suivre donc… et vous, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Retrouvez ici les articles du blog – merci d’avance pour vos Correspondances!

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