Faut-il encore organiser des séminaires ?

A l’origine une pratique de l’enseignement universitaire, le séminaire est une sorte de réunion de travail à laquelle sont conviés, dans le monde de l’entreprise, différents salariés, souvent d’un même degré hiérarchique, d’autres fois occupant plusieurs postes différents au sein de la même entreprise. Le séminaire se caractérise principalement par :

  • une sortie du milieu professionnel habituel ;

  • un thème de travail défini à l’avance.

Cette approche du site chefd’entreprise.com nous donne l’une des origines de ce rituel ancien des entreprises; la racine latine seminarium (« pépinière »), de semen (« graine ») nous guide vers une triple notion: semer, cultiver, produire. Le séminaire distingue deux catégories d’acteurs : son organisateur et les participants, auxquelles s’ajoute souvent une troisième, l’animateur.

La métaphore du jardinier

La métaphore du manager cultivant les talents de son équipe a souvent été employée. Est-elle toujours pertinente ? Selon wikipédia  « une bonne connaissance technique des plantes et de la pédologie est évidemment nécessaire. Il faut également faire preuve de patience … et parfois attendre plusieurs années avant de voir l’aboutissement de son œuvre, le temps que les arbres poussent et qu’ils fleurissent. »

Un jardinier est avant tout un sachant, qui met sa science au profit d’essences jeunes pour les amener à maturité en fonction d’un dessein/dessin qui lui est confié. On y retrouve bien les caractéristiques qui ont prévalu depuis plusieurs décennies, le plus souvent sous couvert d’ambitions humanistes sincères.

Les sachants sont partout

L’asymétrie caractérisait ces moments ritualisés, souvent pensés comme une expression de reconnaissance à travers la qualité de l’hôtellerie. Le séminaire est, en réalité, une pratique obsolète. En effet les idées des collaborateurs nourrissent les visions, les mises en oeuvre supposent l’engagement des équipes, et c’est bien l’intelligence collective qui accélère les transformations.

Certes, certains séminaires ont brillé par leur animation pseudo-participative, en réalité des conventions durant lesquelles les messages étaient travestis en faisant-fonction-d’émergences. Mais ça c’était avant !

Si le rôle d’un manager ressentant le besoin d’organiser un « séminaire » n’est plus d’amener un contenu pour que les équipes le fertilisent, quel est-il?

Parfois le manager, en dehors de toute programmation systématique, ressent le besoin de rassembler, de faire corps pour passer à autre chose, de réfléchir ensemble, purgeant ce qui est à purger si besoin. Cette intuition du momentum est cruciale, et la question rationnelle à laquelle il est nécessaire de répondre avant de lancer l’invitation est « ce moment sera une réussite si…« . Elle renvoie aux finalités, détermine le GO/no GO, et guide sa construction. D’ailleurs, de plus en plus, la demande émane des équipes elles-mêmes : plus le temps de se parler, besoin de faire un pas de côté, de prendre de la hauteur…

Quelles autres dénominations ?

Les mots ont un sens et une résonance. Si mot séminaire n’est plus approprié de par le type de posture qu’il induit, comment nommer ces moments ? On entend parler de colloque (de colloquium, s’entretenir avec), congrès (de congredior, rencontrer), qui sont étymologiquement plus justes mais inhabituels dans le monde de l’entreprise; de plus ils évoquent des disciplines scientifiques, des échanges d’experts, et non le creuset dans lequel culture et futur se rencontrent. Session évoque – par sa racine latine- la position assise, guère plus appropriée.

Je propose césure (de caedere, couper), en lieu et place de séminaire.

Le terme est utilisé par les écoles et universités pour désigner ce moment riche de découvertes qui potentialise l’enseignement dispensé, coupure qui se révèle précieuse pour la suite du projet professionnel.

A l’heure où la rupture est de tous les discours, partir 2 jours en césure est bien plus signifiant que partir en séminaire. La question du manager devient « à quoi aurons-nous renoncé après ? », « de quoi voulons-nous faire le deuil ? », « sur quoi devons-nous nous concentrer pour réussir? »

Au-delà d’un pointillisme sémantique, nommer autrement, aligner le fond et la forme, veiller à la cohérence à tous niveaux constituent des guidelines précieux dans un monde qui en manque. Peu coûteux, riche d’effet, ce serait dommage de s’en priver. Je vous souhaite des moments de césure puissants, puissant ne devant pas rimer avec tranchant!

Retrouvez ici les articles du blog – merci d’avance pour vos Correspondances!

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