Troisième âge des compétences

Qu’on se rassure, il ne s’agit pas d’un billet prônant l’allongement de la durée du travail (quoique…), mais d’une réflexion sur les compétences. Je suis frappée de constater que plusieurs de mes clients se sont saisis récemment de chantiers RH relatifs aux compétences, hors du cadre bien connu des accords triennaux.

Une compétence sénior

David McClellan, psychologue américain et fondateur de Hay Group, fit entrer de façon retentissante la notion de compétences à l’époque où les tests de QI faisaient fureur, avec son article Testing for Competence Rather than for Intelligence, paru en 1973 dans American. 

Sujet d’attention continue du législateur

Cette notion a retenu l’attention du législateur vingt ans plus tard et de façon régulière depuis. Elle est entrée dans le champ des négociations obligatoires dès 300 salariés. La notion connexe d’Employabilité a fait une entrée fracassante auprès du grand public en 1997, en France mais aussi en Europe, conférant à l’entreprise une posture très différente. Elle est passée d’un rôle de prévisionniste évaluateur à une responsabilité de maintenance voire de développement. Ce rôle a d’ailleurs été renforcé par la récente réforme de la formation, transformant l’obligation de moyens (c’est à dire de dépense) en une relative obligation de résultats. C’était le deuxième âge de la Compétences, et pas le plus complexe !

Un troisième âge ?

La dimension légale n’est plus celle qui mobilise les entreprises aujourd’hui. D’ailleurs ce sont bien les directions d’entreprises – les Directions des Ressources Humaines en pointe – qui sont à la manoeuvre. Le sujet compétences est touché de plein fouet par les évolutions majeures que vivent les entreprises en termes de métier, d’organisation, de management, bien sûr saupoudré d’une large dose de digital. Les systèmes en place sont obsolètes, tout comme le rapport au sujet.

Pourquoi cette obsolescence ?

La subsidiarité est également passée par là. Les générations Y ont probablement accéléré ce changement. Le besoin de développer ses compétences est exprimé par cette fameuse génération avec deux fois plus de force que par les générations antérieures, selon une  enquête de Matthieu Pleyers menée à grande échelle.

Dès lors, piloter les compétences nécessaires à la performance de l’entreprise ne suffit plus; il faut ouvrir la boite noire, partager les manettes, rendre intelligibles les parcours. Là où la situation se complique, c’est que ces fameux parcours sont devenus instables, comme le reste. Les systèmes de compétences sont  passés d’une phase solide à une phase gazeuse, dans lesquels les agrégats de compétences varient au gré des projets. Ce qui s’appelle sublimation en physique se nomme complexité en management!

Plusieurs questions

La granularité est une question importante : jusqu’à quelle niveau de finesse définir les compétences ? Discerner des soft skills a-t-il du sens ? Comment les applications mobiles peuvent contribuer au partage de l’information, à sa mise à jour et à son appropriation ? De quelle manière associer les partenaires sociaux ? Comment cadrer le sujet malgré les différences entre les pays ? Pour quoi faire ? Quels liens avec les classifications ? avec les rémunérations ? Comment grandir en dehors d’une trajectoire hiérarchique ? Comment gérer d’éventuelles digressions professionnelles ?

Un véritable cheval de Troie

On comprend à travers ces questions que le sujet des compétences touche aujourd’hui la stratégie même de l’entreprise. Elle sort radicalement du pré carré des outils RH pour devenir un enjeu clé du projet humain de l’entreprise, de sa performance actuelle et future, et in fine de sa transformation.

Le chantier Compétences permet de revisiter les enjeux RH et managériaux des entreprises, de mettre en oeuvre une réelle modernité dans le dialogue entre les directions et leurs équipes, ainsi d’une co-responsabilité plus mature.

Sous couvert d’un sujet à l’image parfois vieillote, l’opportunité nous est offerte de refonder un autre lien entre un collaborateur et son devenir professionnel, plus engageant, plus exigeant, plus responsable, mais pas plus facile, loin de là !

Merci de réagir à ce billet en partageant vos actualités sur les compétences !

Retrouvez ici les articles du blog – merci d’avance pour vos Correspondances!

 

 

 

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