Le petit colibri dit « je sais, mais je fais ma part »

Les associations du monde de la solidarité craignent que les 43 000 contribuables qui recourraient au Don ISF ne modifient leur optimisation philanthropique avec la réforme de l’Impôt sur la Fortune. Dans le même temps, le social business se développe et les jeunes diplômés des Ecoles de commerce et d’ingénieurs aspirent à tout autre chose qu’une carrière dans une worldwide company.

Des risques encourus par les associations et les fondations

À la Fondation des Petits Frères des Pauvres, les dons représentaient en 2016 près de la moitié des ressources. La très grande majorité provenait des dons ISF. En effet, sa collecte a très fortement augmenté avec la loi TEPA, passant de 200 000 euros en 2007 à près de 6 millions euros en 2016. Il est probable que la réduction de l’assiette de l’ISF entraîne, pour cette structure comme pour d’autres, une chute des rentrées financières. Le baromètre Dons ISF – Apprentis d’Auteuil annonçait en Février 2017 un retard important dans la collecte des dons, sans doute lié à l’incertitude fiscale, incertitude levée depuis.

La loi de finance (PLF) et le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2018 prévoient un accroissement des budgets et fonds dédiés au développement de la vie associative. Il n’est pas interdit de regarder ce système de mesures budgétaires comme des mécanismes de compensation ; d’un point de vue arithmétique pourquoi pas, mais dans les faits, ces changements mettent à mal la fidélisation des donateurs en rompant la routine. La philanthropie sans carotte fiscale va-t-elle subsister ?

Eveil de conscience sociétale

En même temps les citoyens sont de plus en plus conscients de leur impact sur la qualité de leur environnement et sur ce qu’ils légueront aux générations futures. Le climat, la biodiversité, mais aussi une autre manière de vivre ensemble sont des sujets dont se sont emparés les gens en dehors de tout cadre politique. L’économie du partage, l’usage plus que la propriété, la désintermédiation, l’open source, impulsent petit à petit des évolutions législatives. Les millenials semblent les plus sensibles et les plus conscients des enjeux et de leur capacité à agir. Ils sont nombreux à préférer les structures à taille humaine, sans « bullshit job » ; ils s’engagent volontiers et réinventent les métiers artisanaux ; ils sont loin des repères et du confort auxquels rêvaient leurs aînés, et revisitent la place et la vocation du travail.

Les fondations ne sont pas un phénomène neuf au sein des entreprises. En revanche, la prise en compte sociale et sociétale de leur environnement et de leurs porosités respectives est plus récente et moins fréquente. Il faut citer l’exemple remarquable de SolidarCité à cet égard. Dons financiers et dons de compétences permettent aux mondes de se connaitre et de se reconnaître, de s’apprivoiser et de vaincre leur peur aussi. Ces convergences gratifiantes sont vertueuses mais restent en marge du core business des entreprises.

Maximiser la création de valeur pour les stakeholders et non plus uniquement pour les shareholders

Cette phase de Laurence Grandcolas, fondatrice de MySezame  illustre l’émergence d’une autre manière de créer de la richesse et de la valeur. Souvent le fait d’hommes et de femmes de conviction, ce regard sur la raison d’être des entreprises prend de l’ampleur. Par pragmatisme et par pression, la prise en compte de toutes les parties prenantes au delà des seuls actionnaires gagne du terrain; cette approche renvoie au temps des dinosaures la plupart des fonds activistes d’ailleurs ! De plus, de nombreuses études ont démontré que la performance non-financière est corrélée à la performance financière.

Le changement de paradigme est important : il ne s’agit plus de distraire une partie des richesses dédiées aux actionnaires à des causes, green washing et/ou variable d’ajustement hélas bien souvent ; il s’agit de concevoir nativement un business dont tous bénéficient.

Les associations aussi doivent se transformer

Face à cet environnement challengeant, les associations doivent – elles aussi – se transformer. Elles doivent fidéliser leurs donateurs en les associant davantage, communiquer autrement que via des campagnes d’appel aux dons, et mener leur transformation digitale. En un mot : elles doivent se professionnaliser pour devenir de plus en plus auto-portées, et ainsi moins vulnérables.

Leur fragilité actuelle est très symptomatique de la question du choix de la société à laquelle nous aspirons. Car finalement, quelle est la place des associations et leur rôle? Quel est celui de l’Etat ? Quel est celui des entreprises et de chacun de nous ? On observe tout à la fois la crainte de l’autre – exacerbée par les conflits et menaces – avec des replis identitaires inquiétants, et un monde qui n’a jamais été aussi ouvert, proche de nous et interdépendant

La légende amérindienne du colibri, joliment racontée par Pierre Rabhi,  me vient à l’esprit en conclusion : quand la forêt brûle, faisons nous chacun notre part ?

 

Retrouvez ici les articles du blog – merci d’avance pour vos Correspondances!

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