Ce qui ne mue pas rend plus faible

Faire sa mue, changer de peau et avoir en permanence un costume à sa juste taille : c’est le destin des serpents. Qu’en est-il de celui des humains ? Ce titre est bien sûr d’un clin d’œil à la célèbre formule de  Friedrich Nietzsche :

Ce qui ne me tue pas me rend plus fort.

La vie est-elle un combat ?

Nous avons déjà évoqué la résilience, fille inconstante des épreuves de la vie. Certains ont révélé leur héroïsme au cours de circonstances dramatiques sans lesquelles ils ignoreraient encore leur puissance. Reconnaissons cependant que la malveillance, la maladie ou le manque de moyens sont le plus souvent pourvoyeurs durables de souffrance et de détresse.

Cette idée d’aguerrir, d’endurcir a fait florès. Elle a forgé les principes éducatifs d’avant Françoise Dolto. Ces verbes ne riment pas avec souplesse, grâce, finesse. Ils évoquent un monde hostile, dont il faut apprendre à se protéger pour survivre. Nous vivons sans guerre sur notre territoire depuis plus de 7 décennies, mais des menaces d’une nature nouvelle nous inquiètent ; elles peuvent être environnementales, terroristes, prendre leur source dans l’IA ou encore la recherche biomédicale…

Ces menaces sont complexes, appréhendées et mal appréhendées. La consommation croissante d’anxiolytiques mesure leur nuisance, ou plus exactement notre sensibilité à leur égard. Certains de nos comportements se modifient, de façon vertueuse quand il s’agit d’adopter de nouveaux gestes qui contribuent à sauver la planète. D’autres d’une façon préoccupante quand il s’agit de repli et de renoncements. Benjamin Franklin a eu cette phrase célèbre :

«  Ceux qui abandonnent une liberté essentielle pour acheter un peu de sécurité temporaire ne méritent ni liberté, ni sécurité. »

Les murmures de la mue

Certain(e)s se retournent sur le chemin parcouru et constatent à quel point ils ont/sont changés. C’est l’entourage parfois qui en témoigne, avec des remarques plus ou moins ambigües : « tu as beaucoup changé… ». Mais encore ?

Muer c’est renoncer. Abandonner, faire le deuil d’une partie de soi. Mourir un peu à soi pour se réinventer. J’entends souvent cette expression : » je souhaite grandir ». A quoi êtes-vous prêt(e) à renoncer, quelle fragilité êtes-vous prêt à accepter pour faire ce chemin ? Il faut du courage pour abandonner sa vieille peau, ses repères, et affronter cette phase de vulnérabilité extrême durant laquelle la nouvelle barrière protectrice n’est pas encore totalement efficace. C’est un risque à prendre, en même temps qu’une nécessité vitale. Cette nécessité est une évidence tangible pour le Serpent, une évidence sensible pour l’Homme.

La mue signe un passage plus ou moins harmonieux entre le passé et le futur. Décider de muer, c’est poser un regard réflexif sur sa vie, ses émotions, ses besoins. C’est s’offrir un/des temps pour revisiter ses croyances, les faire évoluer, en abandonner et en adopter d’autres. Une mue  peut être radicale et conduire à changer de style de vie, de  vie…

Etre bien dans sa peau

Il est parfois nécessaire de créer les conditions propices à cette rencontre avec soi. Le coaching peut servir de catalyseur, une retraite, un anniversaire marquant, un décès… Etre conscient de soi, être et vivre en harmonie, veiller à le demeurer est un droit et un devoir de femmes et d’hommes libres. Les conformismes sociaux et culturels ne devraient jamais empêcher de muer autant que de besoin.

Parfois ces révolutions intérieures s’extériorisent. Des changements de style vestimentaire, des nouvelles coupes/couleurs de cheveux, des déménagements comme autant de témoins de ruptures sentimentales, professionnelles ou existentielles. Ces alignements de l’image avec l’état intérieur deviennent visibles. Quel regard et quelle parole porter sur ces mues non mutiques ? De quelle audace doit-on faire preuve dans ce moment sublime où l’intime s’expose, alors que les doutes sont encore à fleur de peau, et que l’habit sent encore le neuf ? Oser parler, oser dire « j’ai vu »? C’est aussi dire « je te vois », un cadeau de plus en plus rare.

Prenez-soin de vous, soyez bien-veillants avec vous, entre vous, ne vous étriquez pas, ne vous rapetissez pas, osez muer, osez changer!

 

Retrouvez ici les articles du blog – merci d’avance pour vos Correspondances!

 

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