L’amour du risque

L’appétence au risque est le plus souvent une affaire d’intuition et de circonstances. Le plus souvent les décisions sont prises après avoir soupesé risques et bénéfices supposés, sans qu’une réflexion sur le risk appetite ait été menée à proprement parler.

Il est d’ailleurs fréquent qu’au sein des équipes, certains soient connus pour leur aversion au risque, quand il ne s’agit pas – pour un exécutif – de minimiser les risques d’un projet afin que le conseil d’administration ou de surveillance l’adopte plus facilement. Il est plus souvent question de maîtrise du risque que d’appétence au risque. Par ailleurs, la sous-estimation des risques chez les porteurs de projets est un biais cognitif avéré, qui s’ajoute aux corrections sciemment ou inconsciemment apportées pour pallier les objections supposées des décideurs.

Le risque est source d’opportunités, et fait nativement partie de toute entreprise. Le risque, lorsque le sujet n’est pas adressé, peut se traduire par « des prévisions téméraires et des décisions timides », pour reprendre le titre d’un article de D. Kahneman et D. Lovallo.

Développer une culture du risque, le fameux droit à l’erreur, est évidemment une bonne approche, mais il ne peut qu’être assorti d’une obligation de tirer tous les enseignements des échecs. Le management de la performance doit intégrer cette politique, et former les équipes à l’appréhension du risque (approche par scénarios, par exemple…)

Risque ne rime pas avec gigantisme, et c’est bien avec des projets modestes que la culture du risque peut se développer, ce qui passe par l’amélioration de la qualité des prévisions.

Heureusement, maintenant nous avons les Data pour prendre des décisions éclairées et écrire des prévisions fiables! ou pas… La magistrale illustration des limites de l’utilisation des data est présentée par Sebastian Wernicke, dans une analyse comparée de la célébrissime série House of cards développée par Netflix avec celle d’Amazon, Alpha House. Leur succès auprès du public est sans commune mesure, bien que l’analyse des data ait été prégnante dans l’un et l’autre cas, avec des bases de puissance comparable. Au cours de sa conférence TEDx, Sebastian explique qu’Amazon a construit 100% de son oeuvre de fiction à partir des données, tandis que Netflix a laissé libre cours aux scénaristes sur la base d’un cahier des charges strictement basé sur l’analyse des data, prenant ainsi un risque certain. Il confirme la puissance des data pour décortiquer et comprendre à quoi l’on fait face; en revanche utiliser les algorithmes pour sécuriser la conception d’une oeuvre ou d’un projet est contre-productif; Google a abandonné un pan de son développement dans le domaine de la santé faute de fiabilité dans ses prévisions d’épidémies.

Conférer aux analyses (de fichiers, de catégories de clients, de la concurrence…) leur juste place et éduquer les équipes à la prise de risque par une culture cohérente basée sur l’autopsie didactique des échecs est une nécessité, encore faut-il adresser la question!

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I love people

Le témoignage d’Alice Sommer, * est une fabuleuse leçon de vie, d’optimisme, de courage et de bienveillance; I love people répète-telle à plusieurs reprises, elle qui n’a pourtant pas été épargnée par la vie et par les gens…

A 109 ans – Converse® aux pieds et déambulateur à bout de bras – elle interprète à longueur de journées les compositeurs classiques, Bach, Brahms, Beethoven, et d’autres ne commençant pas par B; elle raconte avec sobriété le rôle fondamental que la culture a joué durant toute sa vie, la créativité dans laquelle elle a baignée enfant, à l’instar de ce que décrit Stefan Zweig dans « Le monde d’hier, souvenir d’un européen ».

Elle évoque son amour qui ne rime pas avec possession, sa résilience après son internement dans les camps, et surtout sa capacité à goûter pleinement chaque moment au moment.

Tout est bon et mauvais. Je regarde le bon côté.

Elle partage sa capacité à voir le beau en toute chose, même dans les pires moments, et cultive la gratitude.

La valeur Travail, la recherche de l’excellence appartiennent aussi à son message.

Si l’on aime quelque chose, il faut travailler, travailler, travailler…

La musique est le sel de sa vie; elle est sa compagne du début à la fin, transcende les douleurs et les doutes, emplit sa vie et son âme. Sa passion s’est confondue avec son métier de virtuose, passion que l’âge n’a pas abimée. C’est rare de pouvoir conjuguer par tous les temps passion, métier, retraite.

De quoi seront remplies les années qui séparent la retraite du dernier souffle pour tous ceux qui n’ont investi que leur vie professionnelle? Ceux pour qui identité et rôle professionnel se confondent?

Quel sens a ma vie? Quelle est ma mission? In fine, les liens créés avec les autres qui ne tissent-ils pas l’étoffe d’une vie réussie?

Au delà du courage, de la beauté, de l’enthousiasme, de la fraîcheur, de l’humour, et de la bienveillance, ce reportage nous confronte à la question suivante : A la place d’Alice Sommer, lors de notre 110ème année, que raconterons-nous au journaliste venu nous interviewer?

*Merci Christelle de me l’avoir transmis!

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David Bowie: l’inspiration

Indépendamment de la couleur musicale, David Bowie est une puissante source d’inspiration pour les leaders des entreprises; à lui seul il incarne l’audace, l’innovation, la détection de talents, la capacité à collaborer, l’avant-garde en matière de distribution, de vision sur l’évolution des habitudes de consommation de musique, sur de nouvelles manières de créer de la valeur, sur l’extension de l’offre…

Il allie créativité et grande rigueur, maîtrise et extravagance, art et business, en se réinventant avec une justesse qui aura touché jusqu’au bout les jeunes générations. Il n’a pas rencontré le succès en permanence, mais à chaque fois il est parvenu à se réinventer.

Que penser de ce dernier coup de maître avec l’album Blackstar, sorti 2 jours avant son décès, lancinant et oecuménique testament et cadeau d’une vibrante générosité? Quelle classe!

Vous l’aurez compris, j’aime beaucoup l’artiste David Bowie; cet homme orchestre touche Correspondances par la dimension holistique de son talent, et par l’élan qu’il nous insuffle à oser rompre avec des business établis, à imaginer comment nos produits seront consommés par les clients demain. Il a initié des modes et a pris le risque de déstabiliser ses « clients » fidèles par des approches artistiques disruptives, comme l’a fait Picasso d’ailleurs.

Plutôt que de déplorer les phénomènes de désintermédiation, les effets d’internet sur les prix (et les marges), imaginons – dans nos activités – comment (re)créer de la valeur, comment devenir une marque plus puissante, c’est à dire consistante. David Bowie a eu une véritable approche de marque, qu’il a construite et nourrie grâce à sa culture et son éclectisme. La culture, la sociologie, la psychologie et toutes ces sciences dites molles apportent un fond et une colonne vertébrale à nos propositions.

Ce n’est qu’à cette condition qu’il est possible de se transformer – il faut être formé pour se transformer – et qu’il est possible de traverser le temps.

I’m happy, hope you’re happy too!

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A bientôt!

Les bonnes résolutions

A quoi sert de se souhaiter une bonne année? à quoi servent ces rituels? A renforcer les liens, bien sûr; ainsi celui qui reçoit des voeux est conforté sur la place qu’il occupe dans ses cercles familial, amical et professionnel. C’est un check affectif et social dont l’importance apparait surtout lorsque les voeux que l’on attend arrivent tard, sans âme, voire pas du tout.

Le temps est circulaire, et ce retour symbolique au début, à la page blanche, est la fabuleuse opportunité d’un rendez-vous avec soi. C’est une chance, au moins toutes les 52 semaines, de s’arrêter, de piloter son petit processus d’amélioration continue avec fixation d’objectifs (SMART bien sûr, c’est à dire mesurables, atteignables, réalistes, etc…).

Certains pratiquent, ou pratiquaient – avec ou sans connotation religieuse – l’examen de conscience; aujourd’hui il est plus trendy de parler de méditation en pleine conscience; quel que soit le terme, cet arrêt sur image, cadeau pour soi, apporte un regard distancié et lucide sur son comportement, ses ambitions, son projet de vie. Une mise en perspective, en cohérence, en décision pour être en action.

Ce moment convenu du début d’année, durant lequel il est question de bonnes résolutions, est un coup de pouce que l’on peut s’offrir, pour que l’énergie irradie nos voeux de transformation, pour lutter contre la procrastination, pour agir et réussir. Ne fuyons pas, confrontons nous à ce qui nous tient le plus à coeur, et à ce qu’il nous faut accomplir pour l’atteindre.

Je vous souhaite à tous, pour 2016, de formuler plein de belles résolutions, de les partager et de vous en enthousiasmer! Vive 2016, 366 jours de belles choses à accomplir!

Quel vœu de transformation pour 2016?

Quel est votre souhait de transformation le plus cher pour 2016? ce billet se veut encore plus interactif que les précédents, et cette question est une vraie question, qui s’adresse à vous et réclame une réponse!

Tout le monde parle de transformation; 248 millions de réponses sur Google quand on tape Transformation dans la barre de recherche. Transformation, c’est implicitement ce que l’on met derrière la notion de Vœu. On dit peu « j’aimerais que rien ne bouge », et pourtant, combien passent l’année à prier Sainte Inertie?!

Donc partons du postulat que notre voeu le plus cher se concentre sur ce que l’on veut voir disparaitre ou émerger, accélérer ou ralentir, développer ou inventer, vivre ou avoir…

Pour ma part – entre autres – je souhaite qu’en 2016 l’Homme soit l’alpha et l’oméga des transformations des entreprises, … et accessoirement, qu’il ne pleuve pas en août!

Soyez nombreux à partager votre voeu pour 2016!

Je me réjouis par avance de vous lire, merci et belle fin d’année!

Innovations en RH

Le Syntec Numérique a créé le programme « 5 000 startups », pour aider ces idées originales et nombreuses à se transformer en entreprises robustes; je me suis demandée si ce foisonnement d’innovations touchait également le métier des Ressources Humaines. A quel point exerce-t-on le métier RH différemment maintenant d’il y a 20 ans? Pour rester dans le domaine scientifique, la remise en cause de la célébrissime formule d’Eintein e=mc2 par un chercheur de l’Université d’Arizona, Andrei Lebed, est également inspirante; il semblerait que cette formule demeure appropriée dans des univers présentant les caractéristiques physiques (courbures) proches de celles de la terre mais serait inopérante dans des univers à configuration différente. Rien n’est juste intrinsèquement, tout est relatif!

Qu’en est-il dans le domaine des Ressources Humaines? Les pratiques, outils, rituels devraient logiquement varier significativement d’un milieu à un autre, a fortiori quand l’actif humain est un asset majeur de l’entreprise. Observe-t-on une forte variété d’approches? une effervescence d’expérimentations, à l’instar des innovations en Marketing et en Relation Client? pas vraiment, en tout cas pas assez!

Pourquoi?

Est-ce parce que le poids des normes et des règles (code du travail…) sclérose la créativité? partageant ce destin avec des métiers comme ceux de la comptabilité?

Est-ce parce qu’il est difficile d’être juste, entre conservatisme, effets de mode et innovations déterminantes?

Est-ce parce que les RH ne sont pas considérées comme un atout stratégique? ou encore les Hommes seraient bien perçus comme constituant un avantage concurrentiel décisif mais pas la fonction en charge de les gérer et de les développer?

Si cette dernière hypothèse est parfois la bonne, alors il est urgent pour ces équipes RH de mener un chantier de refonte centré sur leur valeur ajoutée;  Ecouter – en toute simplicité – les attentes explicites et latentes qu’expriment les différentes communautés internes et externes aux entreprises ainsi que les directions générales, pour co-créer de nouveaux liens entre la fonction RH et la stratégie des entreprises.

De la valeur ajoutée des administrateurs indépendants

Aujourd’hui tous les mandats d’administrateurs indépendants touchant à leur fin doivent être examinés sous l’angle de la loi Copé Zimmermann; toutes les sociétés cotées et toutes celles qui comptent plus de 500 salariés permanents et un CA net d’au moins 50M€  sont concernées; de quoi s’agit-il? de veiller à ce qu’au 1er janvier 2017 au plus tard les femmes et les hommes soient représentés de façon équilibrée au sein des conseils de surveillance et des conseils d’administration, avec une proportion minimum de chaque genre de 40%. Cette loi mettra ainsi un terme aux conseils d’administration exclusivement féminins!

Faut-il prendre le sujet sous cet angle (contraignant) au risque d’ouvrir le débat sur le principe même des quotas? Cette obligation sera indéniablement un accélérateur du mouvement lent mais profond engagé dans les sociétés françaises, et nos voisins nordiques – exemplaires à cet égard – ont démontré la pertinence de l’approche législative.

Certains pourraient objecter que ce sont davantage les compétences que le genre qui comptent, dans les conseils comme dans les exécutifs; et ils n’auront pas tort. Ce que j’identifie comme bénéfice numéro 1 à cette loi est l’obligation faite aux entreprises d’accélérer le turn over dans leurs conseils, et d’introduire des profils d’administrateurs indépendants différents, plus proches parfois de leurs client(e)s, plus jeunes aussi. De cette diversité nait la valeur ajoutée d’un organe qui doit être regardé comme un atout stratégique et non comme un mal nécessaire. D’ailleurs bon nombre de structures qui n’y sont pas réglementairement soumises ont opté volontairement pour une organisation avec CA ou CDS. Ces instances ont une compétence qui est le maillage des compétences individuelles des conseillers, lesquels suivent de plus en plus des cursus de formations voire de certifications. Et comme les femmes ont souvent – vis à vis de leur légitimité- un  regard manquant de complaisance, elles sont très nombreuses à suivre ces formations, de sorte qu’elles sont aujourd’hui une chance supplémentaire à l’actif des entreprises qui les intègrent.

Plus le cadre est strict, plus je me sens libre

Cette phrase qu’aurait prononcée Mozart mérite un arrêt de quelques minutes.

Le cadre, comme nous l’avons vu dans le précédent article du blog du site de Correspondances, est l’un des 3 piliers du manager; le cadre entoure l’oeuvre et fixe les bornes. Il contraint le génie de l’artiste à fuir la facilité et le contient.

Dans le monde de l’entreprise, le cadre permet de faire mieux avec moins, d’innover, c’est à dire d’oser imaginer des solutions frugales et parfois géniales.

Il n’est pas l’ennemi de l’épanouissement individuel et collectif, ni même de l’entreprise libérée, bien au contraire. Porteur de sens, il donne de l’assurance. Penser et agir out of the box suppose d’avoir une représentation claire de ce qu’est la boite!

Le cadre n’est pas l’oeuvre comme la carte n’est pas le territoire, mais il est la condition sine qua non de la créativité.

Qu’en est-il du statut Cadre, parfois décrié, et – au delà de l’homonymie-, quelle est sa contribution en l’espèce? Caractérisé par son adhésion à une caisse de retraite spécifique, ce statut ne semble pas avoir de relation particulière avec notre sujet du jour. Notre sujet est un enjeu managérial, qu’il soit hiérarchique ou fonctionnel, et concerne tous les niveaux de l’entreprise, a fortiori son top management.

Un dirigeant qui exprime le cadre dans lequel se joue la partie, avec des mots simples et conformes à la culture de son entreprise, potentialise de façon magique sa performance; on peut le vérifier aisément par un micro-trottoir dans les couloirs, en mesurant la proportion des managers qui connait la réponse à ces 3 questions:

Quelles sont nos 3 priorités dans les 12 mois qui viennent?

A quoi verrons-nous concrètement que nous avons réussi?

Personnellement, quelle sera votre contribution principale?

Simple direz vous? peu fréquent en fait…

 

 

Le management, une pratique vintage?

« Formation management », l’expression semble vintage à l’heure de la réforme de la formation, des entreprises libérées, des collaborateurs 3.0…

Tandis que Deloitte tire à boulets rouges sur l’entretien de performance, que le collaboratif rivalise avec l’entreprise libérée pour … libérer le manager de ses missions archétypiques, à quoi sert-il?

Frémissement d’angoisse chez tous ces experts métiers engagés qui sont devenus responsables (non pas qu’ils étaient irresponsables du temps où ils étaient experts!). D’ailleurs ils l’ont plus ou moins perdue au passage, leur expertise.

Dans une entreprise, parmi tous les rôles assumés, quels sont ceux que seul un manager peut jouer?

Proposition de réponse:  1 Cadrer   2 Reconnaitre   3 Déminer

Cette simple triade n’est pas si simple! Sinon il n’y aurait plus de travail pour les consultants 😉

La véritable valeur ajoutée d’un manager provient essentiellement de son appartenance à une communauté de leaders; cette communauté doit réinventer son collectif de pratiques et d’ambitions. Les formations individuelles de management que nous avons connues, dans ces gros catalogues qui servent à rehausser les écrans pour éviter les TMS, sont obsolètes, c’est un fait.

Les entreprises doivent aujourd’hui expliciter leur culture managériale: concrètement, qu’attend-on de nos managers? La communauté des leaders doit se réinventer, plus coopérative, plus agile, plus performante, plus consciente de son rôle et de sa place, avec justesse , pragmatisme, et à l’abri des effets de mode.

Traumatisme et Résilience

Parler ou ne pas parler du drame de vendredi soir ? Une prise de parole n’est-elle pas une démarche opportuniste ? Ne pas en parler est-il un acte de courage ? Comment agir en empathie, exposer ses valeurs et sa culture, et s’inquiéter d’un risque d’amalgame efficacement ?

De façon très sobre, je propose ma contribution avec cette Interview de Jean Paul Mari , qui s’adresse aux centaines de personnes qui ont cotoyé l’horreur, et à tous ceux qui l’éprouve dans le secret de leur vie hors des médias.

La résilience suppose de créer de nouveaux liens, elle ne peut advenir seul; prenons soin de notre entourage.

Lundi prochain je vous parlerai d’une pratique vintage : le management 😉